12 août 2020

De la colère

A moins que j'ai grave loupé quelque chose, la vie n'est pas un long chemin paisible parsemé de pétales de fleurs odorants.
Du coup, y'a des fois où on est mal, en colère, déprimé.e, révolté.e... et, parfois, on l'est tellement que ça déborde de partout. Et on aimerait que l'Autre, à défaut de nous comprendre, nous dise qu'iel ne sait pas ce qu'on ressent, mais qu'iel se sent solidaire.
Parfois, c'est un énervement perso, lié à notre histoire propre, et, parfois, c'est lié à des choses plus globales, comme la nième remarque sexiste, raciste, homophobe, transphobe...
Quand t'es bien énervé.e, t'as envie de sentir du soutien, de l'empathie... pas d'entendre Duduche t'expliquer que tu dessers ta cause car tu es trop extrême.
Duduche, c'est pas un mauvais bougre, mais il en tient une bonne, quand même. Parfois, il t'explique que, lui, il ne s'est jamais disputé avec sa femme. Il est pour la paix, toussa. A chaque fois, tu t'es mordu les lèvres pour ne pas lui rétorquer qu'il ne s'est jamais disputé avec sa femme parce que... il ne l'a jamais écoutée !
Si vos émotions sont plates sur l'encéphalogramme, c'est que vous êtes... mort.e !
Une vie sans dispute, sans s'énerver, sans passion, sans agitation... elle a un coût : celui de la fuite et du déni.
– Sybille, t'es trop extrême, y'a des gens, tu sais, ils sont super calmes et, pourtant, ils ressentent des émotions et ils se révoltent face aux injustices et...
– Je sais. Moi, j'ai une Ferrari dans mon garage, mais je ne la sors pas pour ne pas rendre les voisins jaloux.

26 juillet 2020

Le combat qui ne tache pas

J'aime beaucoup l'idée que le combat féministe devrait être "modéré".
Parce que, en fait, si t'es une nana, même quand tu combats, tu devrais te la boucler.

Spoiler alert : un combat n'est pas modéré. Il est rendu nécessaire quand les victimes décident de ne plus l'être.
Un combat est dur, violent. Et la responsabilité morale est sur la conscience de l'agresseur/oppresseur.
(Marche avec toutes les luttes.)

Merci. Bisous 💜

25 juillet 2020

Et si, ce soir, vous changiez un ou deux persos ?

L'art n'est pas sacré. Il est vivant. Biologique.
Il y a quatre ans, j'écrivais un billet sur ce blog : Avez-vous peur des quotas ?
Je le relis aujourd'hui et mon opinion n'a pas changé. Le plus simple, au moins pour se lancer, ce sont les quotas.
Depuis ce billet/l'été 2016, je n'ai quasi plus écrit et, au moment même où je rédige ce mot, je n'en mène pas large, en attente d'une injection de fer... Ces quatre années écoulées ont été difficiles, pour plein de raisons, et je n'ai donc plus écrit. J'ai aussi peu lu, peu joué...
Je pourrais me lamenter en mode "ma Muse a fui, je ne suis plus une écrivaine", mais je n'ai pas de penchant pour l'auto-flagellation. La vérité, c'est que l'inspiration, c'est comme le désir sexuel : il y a des périodes fastes et des périodes creuses. Quand vous ne bandez plus pour un amoureux parce que vous êtes accablée de souci, vous ne vous dites pas "je ne l'aime plus". Vous attendez que ça passe/de meilleurs moments.
Alors, même si je n'ai quasi plus écrit, j'ai continué à penser/cogiter... à ce que je voulais raconter, comment...
Si mettre plus de femmes ou plus de personnes LGBT+ dans mes textes me semble un exercice facile (pour moi, mais, si si, je t'assure, tu peux le faire aussi !), je continuais à m'interroger sur la diversité ethnique. Et je suis encore partagée.
Je décris peu physiquement mes personnages et cela me convient : c'est à la fois "ce qui me vient", mais c'est ce qui permet également à chaque lecteurice de s'identifier sans se poser de questions. En même temps, si le personnage est soi, il n'est pas un Autre...
Bref, à ce stade de ma réflexion (i.e. expérience personnelle ni statistique ni représentative), j'ai décidé de faire varier les prénoms, de regarder à travers le monde ceux qui me plaisent et d'y piocher allègrement.
– Ouais, mais, tu vois, quand j'écris mon texte, l'héroïne s'appelle Claire et je la visualise parce que, quand j'étais petit, j'étais très épris d'une Claire et, si je change son prénom, ce ne sera pas elle et je ne pourrais pas mener à bien mon Oeuvre.
– Alors, mon chéri, tu sais, c'est tout simple : tu écris ton texte, en rêvant à la Claire de ton enfance, et, quand tu as fini, que tu as utilisé toute ta nostalgie dans tes dialogues, ben... Claire et toi, vous devenez Giulio et Medhi. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l'école, perdus de vue et...
– Ah, ben, non, c'est carrément pas la même histoire !!!
– En quoi ?
J'ai écrit la Princesse et le Roturier pour les 30 ans d'un gars dont j'étais amoureuse. Il était né en novembre et la nouvelle se déroulait un jour où la nuit tombe rapidement. Pour le projet de recueil Nice Parallèles où je souhaitais placer dans mon texte un chapeau qui s'envole, je me suis relue et j'ai systématiquement changé l'hiver en été. Ça peut être des soirées qui s'étirent, une héroïne en short plutôt qu’emmitouflée dans une douce écharpe... L'art n'est pas sacré. C'est le résultat du travail d'un humain qui, suivant les moments de sa vie, peut changer d'idées, d'envies, de discours.
Prétendre que l'art est sacré ou immuable, comme si une production humaine pouvait être plus précieuse que des vies, des sentiments... c'est alimenter l'idée qu'on a le droit d'être de vieux cons ou que les traditions sont forcément bonnes.
Nous changeons, nous devons changer, nous adapter. Déjà pour survivre. Mais également pour être heureux quand nos certitudes s'effondrent et que nos petits prés carrés doivent être partagés.
Alors, dans une période où la muse boit des mojitos sur une plage à l'autre bout du monde pendant qu'on est confiné à se lamenter sur sa faible production, on peut par exemple se dire : tiens, je vais reprendre ce texte et changer un ou deux persos, la saison, le lieu...
Ça vous semble dingue ?
Quand un.e illusteurice décline un même personnage en changeant ses habits, son chapeau... vous pensez qu'iel est dingue ou que c'est un processus naturel ? Ça ne vous choque pas d'acheter la version avec le chapeau de sorcier tandis que votre copine prend la version avec une casquette ;)
Bref... et si, ce soir, vous changiez juste quelques personnages, sans toucher à l'intrigue ni rien ?

25 juin 2020

L’écriture inclusive est difficile pour les dys...

– Alors, en fait, mon chéri, c’est pas l’écriture inclusive qui est difficile quand tu es dyslexique. C’est l’écriture. Tout court.
– Oui, mais on doit faire en sorte que les dys puissent écrire facilement !
– Tu peux demander à Siri d’envoyer tes textos.
– Oui, mais non, les dyslexiques doivent écrire !
– Le gars en fauteuil roulant qui ne peut pas marcher, il doit marcher ou alors on doit développer de bons fauteuils roulants, des rampes d'accès, etc. ?
– C'est pas pareil ! (Non non, bien sûr, si tu ne peux pas marcher, tu ne peux pas, mais si tu ne peux pas écrire, tu dois quand même...) En cas de panne, ton Siri, il ne marche pas !
– C'est sûr que, en cas de panne d'électricité généralisée, de pandémie ou d'invasion zombie, c'est ultra-important de ne pas faire de fautes d'orthographe.

Ce n'est qu'à 40+ que j'ai découvert mes propres handicaps, mais c'est beaucoup plus tôt, en tant que mère, que j'ai expérimenté le handicap.
Ce que j'en ai retenu, c'est que les humain.es prenaient soin les un.es des autres, créaient des outils pour se faciliter mutuellement la vie, toussa toussa...
Et en cas d'attaque zombie ?

Je vis en prenant du Levothyrox, de l'acide folique, du fer...
En cas d'attaque zombie, sans médocs, je m'éteindrais doucement. Ça ne veut pas dire que je doive arrêter les médocs now, quand ils sont dispos, ça veut dire que je sais que, si les temps devenaient durs, je serais dans les premiers départs.
Mais je n'ai aucune raison d'avancer ce départ.

Il n'y a pas de combats ou de causes qui doivent être abandonnées car moins importantes ou moins fondamentales.
Nous avons les ressources humaines pour lutter contre tous les maux, toutes les discriminations, aider tou.tes les malades, tou.tes les handicapé.es...
A nous tou.tes, nous pouvons tout faire.

– Ouais, mais quand même, ce serait mieux de pouvoir écrire...
– Alors, en fait... SPOILER : on meurt tou.tes à la fin, quelque soit la façon dont on vive. On peut forcer quelqu'un.e qui ne peut pas faire quelque chose à le faire quand même... ou on peut juste produire des outils de plus en plus géniaux pour que chacun.e d'entre nous puissent passer son temps à faire ce qu'iel aime, lire ou manger des glaces, se faire bronzer ou jouer au foot... et si on veut se forcer à faire un truc qu'on ne peut pas car on aime le défi, alors, oui, il faut le faire... pour soi, pas pour les autres.

En fait, on peut tou.tes vivre en paix en se faisant du bien, sans se forcer, si on choisit de le faire...

12 juin 2020

Je suis féministe, mais...

Quelques petits rappels du soir :
le féminisme consiste à vouloir l'égalité entre tou.tes quelque soit le genre (homme, femme, agenré, etc.) ;
les TERFs ne sont pas féministes puisqu'elles ne souhaitent pas défendre chacun.e quelque soit son genre et pensent même qu'elles savent mieux son genre que la/le concerné.e iel-même ;
le féminisme est en guerre contre le patriarcat et ses promoteurs/complices, pas contre les hommes qui sont aussi des victimes du patriarcat ;
il existe des victimes complices parce que les humain.es sont complexes.
Merci. Bisous.

29 mai 2020

DLC sur les nanas ?

Je vois circuler un texte plein de bonnes intentions pour dire aux femmes de 40+ que, même si elles se sentent moins jolies qu'à 25, elles ont de l'expérience et tout.
C'est écrit dans quelle tablette de marbre "moins jolie" ?
Une femme de 40 ans est en général belle différemment d'une femme de 25 et les deux sont belles. Comme l'est celle de 60.
A l'échelle individuelle, il y a des âges où nous serons moins belles car abruties par les soucis ou le chagrin ou... et d'autres où nous serons épanouies.
Perso, à cause de mon hypothyroïdie non soignée jeune adulte + les hasards de la génétique, "on" m'a clairement dit que j'étais plus belle à 45 qu'à 25.
Je n'ose pas aborder les mecs plus jeunes non pas que je me sente moins jolie, mais parce que, de toute façon, je n'ose aborder personne.
– Ouais, mais tes seins sont un peu moins fermes et... ?
– Et quoi ? On vit dans une société nudiste ?
Bref, méfiez-vous de vos bonnes intentions. Je ne vois rien de rassurant à tenter de confirmer que les femmes seraient plus ou moins charmantes en fonction d'une date de péremption qu'elles devraient compenser par de l'expérience ou de la maturité.
Et... spoiler : la sagesse et la maturité n'existent pas. L'âge adulte n'existe pas. Depuis la naissance, nous sommes juste de petits animaux qui nous débattons avec nos contradictions.